Balade en quad

Je suis aussi parfois une aventurière de l’extrême, ça se voit pas trop trop et en général quand je relate mes exploits à mes coreligionnaires, ils me regardent tel le maki kata (pas le rouleau japonais, le lémurien à grands yeux). Oui, je sais que je me vante un peu. Mais que voulez-vous, j’ai fait : de l’ULM, de l’hélico, de la voltige en avion, de la moto (très très vite), du rafting, de l’hydro-speed, des tyroliennes de 500m de long avec un bon 30m en dessous et je suis une grande fan de montagnes russes. Bref, je suis pas une froussarde et quand on me demande si je veux tester un truc, je dis rarement non (pas d’esprit mal tourné, merci !).

Ce week-end là, l’homme et moi-même étions en week-end "dentiste". C’est spécial, mais dans le foyer capitaliste, quand on va chez le dentiste, on passe le week-end sur l’île d’Oléron. Grande maison, jardin somptueux, piscine chauffée, hammam, huitres, balade en bateau et examen dentaire complet. C’est dur, mais on s’y plie de bonne grâce. C’est ainsi qu’après des agapes digne des plus grands banquets romains, nos hôtes nous proposent une balade nocturne en quad, option chemin de terre, sous-bois et grand final sur la plage (Oui… On sait qu’on n’a pas le droit… Chut…).

J’ai pas dit non. J’aurais du. Passé le manque de glamour de ma tenue : jean, pantalon de ski, bottes, polaire, blouson de ski et casque, le tout pas à moi et pas à ma taille (le soir sur un quad avec la possibilité d’être mouillé, il vaut mieux être couvert). Passé le fait que le quad que l’homme a eu la tache de conduire nous est présenté comme : "celui-là est dagereux, les feux ne fonctionnent pas, les freins les freins non plus, et la direction est tordue… et puis le moteur est pas super sûr… . Passés tout ces éléments qui auraient pu (du !) me faire reculer, je m’installe derrière mon preux chevalier et c’est parti !

Cet engin n’avait effectivement pas ou peu de feux, ou plutôt intermittents en fait, ça marche, ça marche pas. Le moteur ? Au bout de deux mètres, il fait plus de bruit qu’une moissonneuse batteuse, mais soit, des freins ? Ouais bof, mais bon s’il y avait une PUTAIN de direction ce serait quand même mieux !! Tous les virages j’ai cru qu’on allait se retourner, moi qui ne suit pas croyante pour deux sous j’ai parlé à Dieu, pour le prier de nous garder en vie encore un peu. J’ai poussé des cris d’orfraie déstabilisant au passage mon pilote, qui lui non plus n’était pas rassuré. Tout au moins au début…

Passage en sous-bois, Jean-Eude Lapin qui faisait sa petite promenade nocturne ne retrouvera jamais sa femme Edwige et leurs 45 enfants. La peur laisse doucement place à la nausée, et à une grande lassitude face à l’absurdité de la situation. On est en pleine nature, en pleine nuit, tout est magique, magnifique et nous faisons, un boucan du diable en écrasant des pères de familles !!! A mesure que cette transformation s’opère, l’homme passe pour sa part d’un malaise tangible face à sa méconnaissance de LA bête mal foutue qui nous sert de destrier, à une certaine maitrise, puis à un plaisir réel. Nos sensations s’opposent, je veux rentrer, il sur-kiffe sa maman. En femme de grande intelligence, je fais profil bas et je serre les dents. Vas-y mon poulet éclate-toi. C’est pour toutes les fois où tu restes calme et souriant quand je ramène une autre paire de chaussures à la maison. Pendant que tu t'amuses je vais essayer de m'imaginer le bruit du ressac sous la lune, en lieu et place des vrombissements de l'enfer.

Nous avons survécu. Il m'a fallu, une bonne heure de piscine/hammam et un énorme plateau d'huitres avec sa petite bouteille de blanc pour reprendre des couleurs. Je ne remettrai jamais les fesses sur un quad. JAMAIS. Ou en tout cas pas une vieille rougne toute pourrie. Et encore, il me faudrait au moins mon poids en Louboutin pour accepter de monter sur un quad flambant neuf.

Ah… Et on y retourne le week-end prochain…

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